Pourquoi un tel engouement pour les vins étrangers dans les caves spécialisées ?

Ces dix dernières années, la France a cédé à la tentation de la mondialisation dans la sphère du vin naturel — pas seulement à Paris, mais désormais dans toutes les grandes villes portuaires… Marseille en tête ! Selon une enquête Wine Intelligence de 2023, 42 % des consommateurs urbains affirment avoir acheté au moins un vin étranger bio ou nature au cours de l’année (source : Wine Intelligence Global Wine Report 2023). Une petite révolution dans un pays historiquement chauvin côté boisson.

  • Curiosité et soif d’aventure : la jeune génération apprécie la diversité et l’originalité, surtout dans des lieux qui mettent la main à la pâte pour créer des cartes inattendues.
  • Influence des voyages : la mobilité croissante et l’explosion du tourisme œnologique à l’étranger contribuent à ouvrir les palais.
  • Nouveaux standards de qualité : certains terroirs étrangers ont fait un bond qualitatif, notamment en vins nature, biodynamiques ou sans intrants.
  • Rareté du produit : ça, c’est presque irrésistible ! Goûter un Saperavi géorgien introuvable au supermarché, c’est s’offrir le frisson de l’exclusivité.

Les pays qui font la cote : qui sont les stars des rayons étrangers ?

Les sommeliers et les cavistes de Marseille expliquent (au fil des discussions et des verres partagés en magasin) que quelques pays dominent largement le rayon vin naturel importé ou simplement “hors France”. Petit panorama à l’international.

L’Italie, incontournable à Marseille

On pourrait presque croire l’Italie cousine de la Provence à force de la voir dans chaque bonne cave. Et c’est justifié : le Piémont et la Sicile, notamment, y sont à l’honneur pour leurs vins “vivants”, suaves ou toniques, élevés souvent à la main, comme les fameux vins orangés siciliens. Quelques noms reviennent sans cesse :

  • Foradori dans le Trentin (cuvée Sgarzon, Teroldego naturel) ;
  • Occhipinti en Sicile (Frappato, Cerasuolo di Vittoria) ;
  • La Stoppa en Emilie-Romagne (cépage Barbera) ;

La diversité est telle qu’il n’est plus rare de trouver des blancs vifs des Abruzzes, des rouges presque secrets de Campanie, ou même des pétillants naturels (“col fondo”) de la Vénétie.

L’Espagne, la force du caractère

L’Espagne a conquis bien des caves, notamment avec ses cavas naturels, ses rouges pleins de tempérament de la Catalogne ou de Galice, ou encore les orange wines de l’Andalousie. Les domaines comme Celler de Les Aus ou Partida Creus cultivent un naturel sans complexe avec des cépages souvent autochtones, bien loin du sempiternel tempranillo.

  • Le Xarel-lo, cépage blanc catalan, décliné en nature, séduit de plus en plus de palais.
  • Des vins de Ribeira Sacra (Galice), rouges à la minéralité tranchante, s’invitent aussi chez les meilleurs cavistes marseillais.
  • On constate que le volume des importations françaises de vins espagnols bio a progressé de +7 % entre 2017 et 2022 selon Interbio Occitanie.

L’Autriche, la hype silencieuse

Peu nombreux à Marseille il y a dix ans, les vins autrichiens naturels sont devenus de petites perles recherchées. Les vignerons comme Gut Oggau ou Claus Preisinger incarnent ce renouveau.

  • Le Grüner Veltliner, cépage blanc phare, plaît pour sa fraîcheur et sa digestibilité ;
  • Le Blaufränkisch, rouge souple et épicé, séduit une clientèle curieuse.
  • Les volumes d’export autrichiens vers la France sont modestes mais croissants : +14 % en 2021 (source : Austrian Wine Export Statistics).

Leur saveur légèrement oxydative et leur équilibre en font des compagnons privilégiés d’une cuisine ensoleillée comme celle du bassin méditerranéen.

La Géorgie, le berceau du vin naturel

Difficile de faire plus authentique que la Géorgie où le vin nature coule… dans les amphores (ou qvevris) ! Les marseillais les plus explorateurs raffolent de ces vins aux arômes de noix, de fruits secs ou d’épices. Se dégoter une bouteille de Pheasant’s Tears est devenu un petit badge d’initié.

  • Le Saperavi (rouge puissant, tannique) ;
  • Le Rkatsiteli (blanc d’une belle couleur ambrée) ;

Selon la Georgian National Wine Agency, la France fait désormais partie du top 10 des destinations européennes pour les exportations de vin géorgien naturel.

Comment les caves modernes sélectionnent leurs vins étrangers ?

La vague des vins nature étrangers s’accompagne d’un souci : éviter l’effet “tendance gadget”. Une cave sérieuse se distingue par un sourcing pointu, basé sur :

  1. La rencontre : salons pros comme RAW Wine à Londres ou Montpellier (“La Remise”), voyages sur place, ou travail en partenariat avec des importateurs spécialisés.
  2. La cohérence éthique : certification bio, biodynamie, méthode sans intrants ajoutés, vignerons indépendants.
  3. Des micro-productions : les caves privilégient généralement les vins produits en quantités limitées, ce qui garantit leur authenticité.
  4. L’histoire et la personnalité du vigneron : incontournable dans l’univers du vin naturel, plus encore quand il s’agit de faire voyager le client.

À quoi s’attendre lors d’une séance de dégustation ?

Ouvrir une bouteille étrangère, c’est élargir ses horizons sensoriels. Quelques exemples de ce que l’on peut croiser chez les bons cavistes :

  • Des arômes inhabituels : foin humide, coing, herbes sèches ou même un léger côté fermenté, typique des vinifications sans soufre.
  • Des textures plus variées : parfois des blancs à la trame tannique (vins orange ou blancs de macération slovaques ou italiens).
  • Des milles façons de servir : vin à carafer longuement, bouteille à garder au frais et à ouvrir (presque) à l’improviste pour un apéro…

La diversité dans le verre, c’est aussi une belle école d’humilité : ce n’est pas toujours l’étiquette qui prime, mais bien la sensation et l’histoire derrière chaque cuvée.

Quels vins étrangers phares à Marseille : panorama en pratique

Pays Cépages vedettes Producteurs stars Styles représentés
Italie Nerello Mascalese, Frappato, Barbera, Trebbiano Occhipinti, Foradori, La Stoppa, Tenuta delle Terre Nere Rouges frais, blancs naturels, orangés, bulles (col fondo)
Espagne Xarel-lo, Garnacha, Palomino, Mencía Partida Creus, Barranco Oscuro, Celler de Les Aus Rouges francs, pet nats, orange wines, cavas naturels
Géorgie Saperavi, Rkatsiteli, Kisi Pheasant’s Tears, Iago's Wine, Okro’s Wines Rouges puissants, blancs ambrés de macération, vins de qvevri
Autriche Grüner Veltliner, Blaufränkisch, Zweigelt Gut Oggau, Claus Preisinger Blancs toniques, rouges fruités, (très) nature

Les tendances qui s’imposent dans les sélections : le monde au bout du goulot

  • Les vins orange (ou blancs de macération) s’imposent comme les nouvelles “bombes” gustatives à faire découvrir, qu’ils viennent d’Italie, de Slovénie ou de Géorgie.
  • Les pétillants naturels (de type pet-nat) étranger font fureur. Certains bars marseillais proposent des pet-nat espagnols ou italiens en alternative à la bulle française.
  • L’essor de cépages rares, autochtones : les caves spécialisées n’hésitent plus à exposer du Kadarka (Hongrie), du Godello (Galice) ou du Zweigelt (Autriche).
  • Des collaborations transfrontalières : certains bars à vins natures organisent des soirées “guest caviste” ou importateurs, avec dégustations commentées de vins rares… ambiance garantie !

Quelle que soit la direction prise, le local n’est plus l’unique horizon — et la clientèle marseillaise, avide de découvertes, est la première à s’en réjouir.

L’avenir du rayon étranger : toujours plus loin, toujours plus nature ?

L’engouement pour les vins étrangers naturels va-t-il s’essouffler ? Les indicateurs semblent dire le contraire. Selon l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin, la part des importations de vins naturels et bio étrangers est en croissance continue de 8 à 12 % par an depuis 2020 sur le marché français. La demande ne se cantonne plus aux passionnés : aujourd’hui, un client sur quatre des caves marseillaises repère un vin “d’ailleurs” en demandant expressément un conseil pour voyager sans prendre l’avion.

L’offre devrait encore s’étoffer : on parie sur l’arrivée progressive de pays réputés marginaux (Slovénie, Hongrie, République Tchèque…) mais aussi sur la montée en gamme de l’Afrique du Sud ou du Chili, déjà bien présents sur les salons européens. Reste à l’amateur le plaisir de cultiver sa curiosité, d’oser les détours, de goûter des terroirs inconnus… plus que jamais, le vin naturel s’annonce comme l’espéranto convivial qui relie les continents et les cultures.

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