Pourquoi sortir du moule de la bouteille ?

Depuis le XIXe siècle, la bouteille en verre de 75cl s’est imposée presque comme une évidence. Pourtant, elle n’a rien d’universel : elle pèse lourd (presque 500 g à vide), demande beaucoup d’énergie pour être produite… et recyclée. Selon l’Ademe, le verre représente 85 % de l’empreinte carbone d’une bouteille de vin source : ADEME. D’où un intérêt grandissant pour des contenants plus légers, moins énergivores ou réutilisables.

Mais au-delà des considérations écolos, ces formats sont souvent plus pratiques (fini les batailles de tire-bouchon à la plage !) et s’inscrivent parfois dans la tradition historique des bars à vins marseillais, où l’on achetait jadis à la mesure ou à la tirette…

Le vin en vrac : le retour en force de la simplicité

En 2023, en France, près de 650 millions de litres de vin ont été vendus en vrac, soit plus du quart du marché (donnée Vinexpo/IWSR). Marseille, toujours à l’avant-garde lorsqu’il s’agit de trinquer, ne fait pas exception à ce mouvement.

  • Comment ça marche ? Les cavistes spécialisés—comme Le Vin Sobre ou l’Épicerie L’Idéal—proposent de remplir votre bouteille, carafe ou cubitainer, avec un vin tiré directement du fût ou de la cuve. Chacun son contenant, chacun son dosage !
  • Avantages :
    • Prix au litre souvent 20 à 30 % moins cher (source : Rayon Boissons, étude 2022).
    • Plus écologique : moins d’emballages à usage unique, réduction des coûts de transport (fini le poids du verre !).
    • Parfait pour tester des vins locaux ou faire ses propres assemblages maison !
  • Inconvénients :
    • Le vin se conserve moins longtemps une fois servi en vrac (souvent sous 2 semaines, sauf si utilisation de petites bombonnes hermétiques ou pompes à vide).
    • Moins de références haut de gamme (rare dans le vin nature d’auteur).

À noter : certaines caves à Marseille, comme La Cave à Vins Sauvages, travaillent exclusivement en bio ou en nature et appliquent la même exigence sur leurs vins de vrac que sur les embouteillés.

Le bag-in-box (BIB) : le caméléon de la modernité

Le “bib”, c’est le malin du groupe : un sac souple en plastique, protégé par une boîte en carton, le tout prolongé d’un robinet pour servir à la demande. En France, plus de 40 % du vin vendu en grande distribution l’est désormais sous ce format (FranceAgriMer, 2021). Et côté vin naturel—longtemps frileux—le mouvement gagne du terrain, y compris dans la région de Marseille.

  • Atouts majeurs :
    • Excellent rapport qualité/prix (comptez 15-35€ les 3 litres pour un bon vin nature de Provence, source Rayon Boissons).
    • Conservation prolongée : plusieurs semaines sans altérer la qualité, grâce à la poche qui se rétracte sans air (le point fort du bib !).
    • Transport facile, idéal pour de grandes tablées ou les apéros sur la Corniche…
    • Poids plume : jusqu’à 7 fois moins lourd à transporter et recycler qu’un pack de bouteilles équivalent (Ademe).
  • Ce qu’il faut surveiller :
    • Pas de garde possible : le vin s’oxygène plus vite une fois ouvert.
    • La qualité dépend vraiment du producteur. Le bib industriel d’entrée de gamme cohabite avec de vraies pépites artisanales.
    • Le plastique du sac n’est pas encore 100 % recyclable partout. Mais l’innovation avance !

Des exemples marseillais qui font mouche

  • Domaine Milan (Saint-Rémy) propose depuis peu ses cuvées “Le Vallon” en bib. Idem pour certains rouges fruités signés Domaine du Petit Août ou le Domaine Les Sabots d’Hélène, des classiques du coin appréciés dans les caves et bars à vin marseillais.
  • Le collectif Les Beaux Bibs fédère plusieurs vignerons nature pour livrer des BIB en tournée sur Marseille.

Côté organisation : la plupart des cavistes nature marseillais proposent désormais une (petite) sélection de BIB, souvent avec dégustation incluse. Pratique pour faire son choix !

La bouteille consignée : un come-back engagé

Pas si vieille, la consigne : jusque dans les années 1970, la bouteille s’échangeait, se lavait, se réemployait. Tombée en désuétude à l’ère du jetable, elle vit aujourd’hui une renaissance, portée par de jeunes maisons militantes et, depuis 2022, par la loi AGEC qui ambitionne 5 % de réemploi pour les emballages à horizon 2023 (gouvernement.fr).

  • Comment ça marche ? On achète une bouteille chez un caviste ou un bar partenaire, on la vide (ça, c’est la partie la plus simple !), puis on la rapporte. La bouteille repart dans un circuit de lavage et peut ainsi servir jusqu’à 20 fois (source : Consigne GreenGo).
  • Les points forts :
    • Empreinte carbone divisée par deux dès la troisième réutilisation (source : Citeo/Ademe).
    • Retour de la bouteille « classique », étiquette fraîche à chaque fois.
    • La consigne, c’est aussi tout un réseau de sociabilité marseillais, avec des bars à vin et des épiceries qui s’organisent pour collecter localement.
  • Les freins :
    • Réseau de collecte encore limité, mais en pleine expansion—plus d’une quinzaine de points référencés autour de Marseille en 2024 (réseau Bocal en Vélocité)
    • Des coûts non négligeables pour les vignerons (mise en place du lavage, étiquetage, logistique …)

Des domaines pionniers comme Mas de Libian (Gard), Clos de l’Amandaie ou plus localement Domaine de Sulauze osent déjà la consigne pour leurs vins rouges et blancs-buvables. Certaines caves coopératives du Sud s’y ouvrent aussi à une cadence plus soutenue depuis 2022.

Bouteilles, vrac, bib : quel format choisir pour quel usage ?

L’enjeu n’est pas de couronner un format “meilleur” que les autres, mais de les approprier selon la circonstance… et la philosophie de chaque buveur !

Format Pour qui ? Atouts Limites
Vrac Consommation régulière, dosage à la carte, petits budgets Moins cher, moins d’emballage, tradition festive Conservation courte, offre limitée en “grandes cuvées”
Bag-in-box Familles, grandes tablées, événements Prix, praticité, longévité, légèreté Pas de garde, dépend du producteur, plastique à recycler
Bouteille consignée Amateurs engagés, fans de circuit court, consommateurs écolos Bilan carbone réduit, plaisir de la belle bouteille, dimension militante Réseau limité, coûts pour les vignerons

Quelques adresses marseillaises où dénicher ces formats alternatifs

  • O’Bidule (6e) : pionnier du bag-in-box nature et des vins de vrac de petits producteurs.
  • La Compagnie des Vins Surnaturels (1er) : sélection engagée, plusieurs cuvées à la consigne, conseils personnalisés.
  • Casa Consolat (Panier) : restaurant et cave militante, actif sur la consigne avec des cycles de réemploi pour ses vins au verre.
  • Le Vin Sobre (4e et 8e) : propose aussi bien du vrac, du bib, que des bouteilles consignées. De quoi tester, comparer, et trouver son format de prédilection.

Perspectives : Marseille, laboratoire vivant du vin naturel et engagé

Le dynamisme marseillais n’a pas fini de bousculer le paysage vitivinicole français. Formats alternatifs, retour de la consigne, optique zéro déchet... Ce qui pouvait sembler branché ou marginal il y a dix ans devient un nouvel art de vivre, doublé d’un geste militant. Autrefois méfiants envers le bib ou le vrac, les vignerons nature locaux franchissent le pas, pour élargir leur public sans transiger sur la qualité.

Pour les amateurs, l’avenir sera multiple : selon l’occasion, les convictions ou... la longueur de la balade sous le soleil phocéen, chaque format a sa place. Et si, derrière le choix du contenant, il y avait aussi un certain goût de la liberté, à prolonger sans modération ?

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